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Le marché du meuble d'occasion en France

Le marché du meuble d’occasion est désormais une composante structurante de l’équipement du logement en France : plus de deux tiers des Français ont déjà acheté ou récupéré un meuble d’occasion au cours de leur vie, et 16 % des ménages en ont acquis entre 2020 et 2022, soit 4,6 millions de foyers sur deux ans. En valeur, ce marché pèse plus d’un milliard d’euros, avec un budget moyen de 522 € par ménage acheteur, soit environ la moitié de celui consacré aux meubles neufs. Loin d’un phénomène marginal, l’occasion devient un véritable pilier de l’aménagement intérieur.



Meubles d’occasion exposés dans une brocante, illustrant le dynamisme du marché français de la seconde main.


Un marché du meuble d'occasion de masse, pas un marché de niche


L’occasion n’est plus un comportement marginal : près de 9 % des ménages achètent au moins un meuble d’occasion par an, et 65 % des acheteurs déclarent acheter d’occasion « depuis toujours », bien avant la crise sanitaire. Les jeunes de 20–39 ans sont les plus engagés (plus d’un ménage sur cinq a acheté de l’occasion en deux ans), mais un quart des acheteurs ont plus de 60 ans, ce qui montre que la seconde main touche toutes les générations.

En valeur, le meuble meublant concentre la moitié du marché d’occasion, devant les assises rembourrées et la literie, ce qui représente déjà l’équivalent d’au moins un quart du marché neuf en meublant si l’on corrige des décotes observées. L’occasion joue donc un rôle de véritable marché de substitution, capable de détourner des flux significatifs du neuf, surtout sur les catégories de rangement et de séjour.


Qui achète des meubles d’occasion ?


Le profil des acheteurs combine contraintes budgétaires, appétence déco et sensibilité écologique. Les ménages de 20–39 ans et les CSP+ sont surreprésentés parmi les acheteurs, aux côtés des CSP– qui utilisent l’occasion comme solution d’équipement abordable ; propriétaires et locataires sont présents dans des proportions proches de leur poids national, avec une légère surreprésentation des maisons.

L’Institut de la Maison distingue quatre grandes typologies :

  • Les « Déco‑addicts » qui renouvellent souvent, cherchent du style et assument une forte dimension plaisir.

  • Les « Économes » qui achètent surtout pour le prix et l’accès à des marques inabordables en neuf, avec une coloration écologique croissante.

  • Les « Collectionneurs » attirés par les pièces anciennes, rares, chargées d’histoire, prêts à se déplacer davantage.

  • Les « Contraints » pour qui le meuble est avant tout une dépense à subir, l’occasion étant une façon de se meubler au moindre coût.


Motivations : économies d’abord, écologie ensuite


L’achat de meubles d’occasion est avant tout synonyme de « bonne affaire » : plus de 94 % des acheteurs déclarent y recourir pour payer moins cher et 87 % pour combler un besoin à petit prix. La dimension sociale est assumée : 85 % estiment que c’est une solution pertinente pour les personnes qui ont peu de moyens.

L’argument écologique s’impose toutefois fortement : 80 % des acheteurs voient l’occasion comme un moyen de lutter contre le gaspillage et de mieux respecter l’environnement, même si cette motivation vient après le prix. Pour une partie des ménages, notamment parmi les Déco‑addicts et les Collectionneurs, la recherche de vintage, de meubles anciens mieux fabriqués et d’objets ayant une histoire devient un levier fort de passage à l’acte.


Quels meubles et pour quels usages ?


Les produits les plus achetés sont les grandes typologies de meublant du quotidien : tables (39,5 % des acheteurs), chaises (36,6 %), commodes/chevets (32,4 %), bureaux (26,4 %) et armoires/placards/dressings (26,3 %). Le canapé concerne plus d’un foyer sur cinq, souvent dans une logique de montée en gamme à moindre coût, alors que la literie et les banquettes, plus sensibles en termes d’hygiène, restent minoritaires.

L’occasion sert d’abord à renouveler ou remplacer : près de 28 % des achats visent à changer un meuble existant, 27 % à remplacer un meuble abîmé, contre seulement 15 % pour un second équipement et 15 % pour un premier équipement. L’équipement provisoire ne concerne qu’une faible minorité (7 %), ce qui montre que les ménages intègrent leurs achats d’occasion dans la durée, avec une intention d’usage longue et non jetable.


Canaux d’achat : plateformes, brocantes et dépôts‑ventes


Les canaux de distribution de l’occasion sont très diversifiés, sans domination écrasante d’un seul modèle. Les principaux circuits sont :

  • Sites internet de petites annonces et plateformes (34,5 % des achats), avec LeBonCoin comme référence spontanée

  • Brocantes, vide‑greniers et braderies (23,5 %), qui restent un terrain clé, notamment pour les fauteuils, banquettes et pièces anciennes

  • Dépôts‑ventes (15,6 %), souvent à la frontière entre neuf déstocké et vraie seconde main.

Les réseaux sociaux progressent, notamment via Facebook, appréciés pour le prix, le choix et l’absence de commission, tandis que la part des magasins de meubles reste marginale, même si la loi Agec devrait pousser les enseignes à structurer une offre d’occasion ou de reconditionné.


Un parcours d’achat récurrent et local


Pour plus de la moitié des acheteurs, l’achat de meubles d’occasion est une pratique régulière, au moins une fois par an, avec une fréquence plus forte chez les jeunes et les Déco‑addicts. La plupart des ménages n’acceptent de se déplacer que dans un rayon de 30 km  et seuls 3 % sont prêts à dépasser les 50 km, la contrainte logistique pesant vite sur la « bonne affaire ».

Les étapes jugées les plus plaisantes sont la recherche et la découverte du meuble (plus de 80 % de satisfaction), l’achat lui‑même et l’installation, alors que la livraison et le transport sont massivement perçus comme pénibles par plus de la moitié des acheteurs. Cette friction ouvre un espace stratégique pour les plateformes et acteurs capables de proposer des solutions de collecte et de livraison clés en main.


Effets sur les styles et la relation au meuble


Les acheteurs d’occasion se distinguent par une plus grande envie de renouvellement et de personnalisation : ils se lassent de leur mobilier au bout de 10 ans en moyenne, contre 14 ans pour les non‑acheteurs, et souhaiteraient plus fréquemment changer meubles et déco. Ils mélangent davantage les styles (65 % contre 55 % pour les non‑acheteurs) et sont plus nombreux à associer un meuble ancien à un ensemble contemporain, ce qui nourrit une esthétique du mix & match.

L’occasion s’accompagne d’une culture du « relooking » : 22 % des acheteurs déclarent déjà retaper leurs meubles avant usage, mais plus de 60 % apprécient les meubles anciens relookés, ce qui révèle un potentiel encore sous‑exploité pour les services d’atelier, les tutoriels et les offres de produits de rénovation. La location de meubles reste pour l’instant très minoritaire (seulement 16 % des acheteurs se disent prêts à louer), mais intéresse davantage les jeunes et les Déco‑addicts, ce qui pourrait ouvrir la voie à des modèles hybrides (abonnement, location‑revente, mobilier circulaire).


Le regard de l’Institut de la Maison


Pour l’Institut de la Maison, le marché du meuble d’occasion n’est plus un simple exutoire pour les budgets serrés : il devient un véritable « second circuit » d’équipement structuré, au croisement des arbitrages économiques, des attentes environnementales et de la quête de singularité dans l’aménagement du logement. L’occasion joue à la fois un rôle de soupape financière face à la hausse des prix du neuf et de levier créatif pour des intérieurs plus personnalisés, moins standardisés que les ensembles vendus clé en main.

Cette montée en puissance interroge directement les stratégies des acteurs du neuf : pression concurrentielle sur le meublant, nécessité d’intégrer rachat, reprise, reconditionnement et revente dans l’offre, développement de gammes durables dont la cote en seconde main restera élevée.

Dans la perspective de la loi Agec et des attentes croissantes en matière de circularité, l’Institut anticipe un rapprochement progressif entre marchés neuf et occasion, au sein de chaînes de valeur plus longues et plus circulaires, où la durée de vie perçue du meuble devient un argument de vente central.
 
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