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Disparition du salon : un symptôme de la crise du logement



La disparition du salon devient un phénomène discret mais révélateur dans de nombreuses grandes villes : les logements de location sans pièce de vie commune se multiplient. Pour les occupants, cela signifie manger, travailler et recevoir dans la cuisine, la chambre ou même un couloir, avec des répercussions directes sur la qualité de vie, le lien social et la manière d’habiter ensemble. L’histoire de Georgie, 27 ans, en colocation à Leeds, illustre ce basculement : privée de salon, elle s’est rapidement isolée dans sa chambre, jusqu’à retrouver un bien-être réel seulement après avoir emménagé dans un logement disposant d’un espace partagé.



Appartement sans salon illustrant la transformation des espaces de vie dans un contexte de crise du logement.


Disparition du salon : une tendance massive dans le parc locatif


Les données confirment que le cas de Georgie est loin d’être anecdotique. Selon une étude menée par la plateforme de colocation SpareRoom, près de 30% des chambres louées au Royaume-Uni entre janvier et juin 2025 étaient proposées dans des logements sans salon, une proportion qui dépasse 40% à Londres. Dans le même temps, près de la moitié des locataires déclarent utiliser leur salon comme chambre, signe d’une pression extrême sur chaque mètre carré disponible.


Historiquement, le salon s’est imposé au début du XXème siècle comme pièce dédiée à la détente, à la réception et au temps passé ensemble. Aujourd’hui, ce statut est remis en cause par la hausse des loyers, la recherche de rentabilité des propriétaires et l’arbitrage économique des locataires, prêts à renoncer à cet espace commun pour réduire leur budget logement.


Santé mentale et lien social en question


La disparition du séjour ne se limite pas à un simple réaménagement de plan. Dans l’enquête citée, 44% des locataires estiment que l’absence de salon a un effet négatif sur leur santé mentale, évoquant isolement, tensions entre colocataires, fatigue et difficultés à séparer vie privée et vie sociale. Pourtant, 36% se disent disposés à s’en passer pour payer un loyer plus bas, preuve d’un arbitrage contraint plutôt que choisi.


Louis Platman, du Museum of the Home, rappelle que les espaces partagés ont toujours joué un rôle central dans la construction de la communauté domestique : c’est là que l’on discute, que l’on règle les conflits, que l’on partage repas, jeux, télévision ou simples moments de présence. L’essor des écrans individuels, du streaming et des usages numériques multiplie les bulles personnelles, mais ne supprime pas le besoin d’un lieu commun, ne serait-ce que pour se sentir “chez soi” à plusieurs.


Habiter autrement : bricolages et limites


Face à la tension immobilière, les ménages inventent des compromis. Certains, comme Imogen, transforment le salon en chambre pour économiser, déplacent la sociabilité dans la cuisine et recréent une forme de convivialité autour des repas ou des préparations culinaires. D’autres, comme Salli, témoignent de solutions de fortune – conservatoires non chauffés, escaliers d’immeuble – qui restent inconfortables et peu propices à une véritable vie commune.


Architectes et designers d’intérieur sont globalement réticents à la suppression pure et simple du salon. Ils soulignent que, même dans des logements compacts, un minimum d’espace dédié au collectif reste indispensable pour la qualité de vie et la durabilité de la colocation. Certains, à l’image de Regan Billingsley, proposent des aménagements créatifs : banquettes intégrées, tables modulables, rangements multifonctions, capables de transformer une petite pièce en espace tour à tour convivial, de travail ou de repos.


À l’autre extrémité du spectre, certains locataires, comme Peter Markos, finissent par quitter les grandes métropoles pour retrouver un logement avec un véritable séjour, quitte à changer de ville ou de mode de vie. Ce choix illustre le lien étroit entre architecture du logement, ancrage territorial et arbitrages de carrière.


Le point de vue Institut de la Maison


Du point de vue de l’Institut de la Maison, la disparition du salon et la pression sur les espaces de vie partagés ont plusieurs implications majeures pour les marchés du mobilier et de la décoration.

  1. Recentrage sur les pièces “polyvalentes”
    Dans un logement sans séjour, la cuisine ou la chambre deviennent des espaces multi-usages: on y mange, travaille, reçoit et se détend. Cela renforce la demande en solutions de type :
    - tables compactes et extensibles, capables de passer du repas au télétravail
    - assises polyvalentes (tabourets, chaises empilables, petites banquettes) faciles à déplacer
    - solutions d’éclairage modulables, permettant de passer d’une ambiance “repas” à une ambiance “salon” sans changer de pièce.

  2. Mobilier modulable et pliant
    L’absence de salon impose de libérer de la place dès que l’espace n’est pas utilisé. Les meubles convertibles (canapés-lits, lits coffres, tables rabattables, bureaux escamotables) deviennent des pièces clés, tout comme le petit mobilier pliant ou sur roulettes. Les marques ont ici une carte à jouer en combinant ergonomie, esthétique et compacité.

  3. Redéfinition des codes déco du “chez soi”
    Quand le séjour disparaît, l’identité du logement se déplace vers la cuisine et la chambre, qui cumulent désormais fonctions intimes et fonctions sociales. Cela plaide pour :
    - des cuisines plus chaleureuses, traitées comme de véritables pièces à vivre (couleurs, textiles, luminaires, assises confortables voire coin repas)
    - des chambres capables d’alterner entre sphère personnelle et accueil d’amis (têtes de lit travaillées, textiles facilement modulables, rangements discrets).

  4. Rôle des espaces communs dans la stratégie des marques
    L’effacement du salon ne doit pas conduire à abandonner l’idée d’un espace commun. Même dans des logements exigus, un coin canapé, un petit banc, une table haute ou un module mural peuvent matérialiser un “centre” de la vie domestique. Les enseignes peuvent proposer des solutions “prêtes à l’emploi” de mini-salons compacts, à installer dans un angle de cuisine, un renfoncement ou un espace de circulation élargi.

  5. Un enjeu de santé mentale et de récit de marque
    Enfin, la perception du salon comme garant de bien-être et de lien social ouvre un terrain de communication puissant. Les marques de mobilier et de décoration peuvent se positionner comme alliées d’une “vie à plusieurs en petit espace”, en associant leurs produits à des scénarios de convivialité, de partage et de soin de soi, même sans grand séjour.

En synthèse, la disparition progressive du salon ne signe pas la fin de la vie commune, mais oblige à repenser la manière de la rendre possible dans des logements plus denses et plus chers. Pour le secteur du meuble et de la décoration, c’est une invitation à concevoir des solutions compactes, modulables et chaleureuses, qui recréent du “salon” là où les plans de logement ne le prévoient plus.

Source : Etude The Gardin – 26 novembre 2025 – « The death of the living room: ‘It’s hard to invite people over – not everyone wants to sit on a bed »
 

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