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Salle de bain et modes d’habiter


Aujourd’hui, presque tous les logements français disposent d’un espace dédié à l’hygiène, et près de 80 % des résidences principales n’ont qu’une seule salle de bains. Cette configuration rend son organisation essentielle au bon fonctionnement du foyer. Dans un cinquième des logements, une seconde salle de bains vient compléter l’ensemble, souvent sous forme de suite parentale ou d’espace réservé aux enfants, reprenant les codes de l’hôtellerie premium. La salle de bains se situe majoritairement près de la chambre parentale, renforçant son rôle central comme « noyau intime » du domicile.


Les usages restent dominés par la toilette quotidienne, mais le temps passé dans la pièce traduit un véritable rituel : près des deux tiers des Français y consacrent entre 15 et 30 minutes par jour, et un cinquième plus de 30 minutes. Plus de la moitié y passent du temps matin et soir, ce qui en fait un sas de transition entre vie privée et vie sociale ou professionnelle. Les femmes, en particulier, sont sur‑représentées dans l’usage de la salle de bains, en raison du maquillage, de la coiffure et des soins, ce qui influence fortement les besoins en rangements, éclairage et miroirs.





Salle de bains : entre fonction, confort et écologie


Du point de vue sanitaire, la France a rattrapé son retard historique : moins de 1% des habitants ne disposent pas de bain ou de douche chez eux, un niveau comparable aux autres grands pays européens.


L’immense majorité des Français se lave quotidiennement, signe que l’hygiène corporelle est devenue une norme sociale ancrée, même si l’étude rappelle que cette pratique dépend encore en partie du regard des autres et du contexte de vie. Après une légère dégradation des habitudes pendant les confinements, la fréquence des lavages est revenue à son niveau d’avant‑Covid.


La salle de bains concentre toutefois un enjeu environnemental majeur, l’hygiène représentant près de 40% de la consommation d’eau domestique. Les baignoires reculent : seules 46% des salles de bains en sont équipées, au profit des douches classiques et surtout des douches à l’italienne, esthétiques, accessibles et moins gourmandes en espace.


L’Ademe rappelle qu’une douche courte consomme nettement moins d’eau qu’un bain, mais au‑delà de dix minutes sous un débit standard, la douche devient plus consommatrice, ce qui oblige à questionner les usages réels, notamment des adolescents et jeunes adultes.


La salle de bain devient un espace technique très équipé


L’équipement des salles de bains françaises s’est nettement structuré autour du meuble sous‑vasque, présent dans presque deux tiers des pièces, le plus souvent avec une seule vasque. Les doubles vasques restent minoritaires, freinées par la taille modeste de nombreuses salles de bains et par leur coût supplémentaire, même si elles incarnent un idéal de confort conjugal.


Le miroir simple domine encore, mais armoires de toilette, colonnes de rangement et petits meubles bas complètent largement l’offre, le plus souvent en version posée au sol pour éviter de percer les murs.


Les plans de toilette sont d’abord en stratifié (environ 30%), matériau accessible, polyvalent et proposé dans une grande variété de décors, puis en bois ou matériaux de synthèse, qui traduisent une montée en gamme esthétique.


Les vasques intégrées sont majoritaires, perçues comme plus faciles à entretenir, tandis que les vasques posées jouent la carte du design et de la personnalisation. Globalement, environ 90% des meubles de rangement combinent portes et/ou tiroirs, signe d’une recherche de fonctionnalité et de dissimulation du désordre dans un espace pourtant très contraint.


Un marché en tension mais tiré par la rénovation


Sur le plan économique, le meuble de salle de bains reste un segment modeste du marché du meuble. Ce marché recule de 7,2% sur un an et se situe encore en dessous de son niveau de 2019, pénalisé par la crise de la construction neuve et le ralentissement des transactions dans l’ancien. Les grandes surfaces de bricolage dominent le segment avec près de la moitié des ventes, devant les spécialistes (cuisinistes, bainistes, sanitaristes) et la grande distribution d’ameublement, tandis que le e‑commerce reste marginal.


Les achats sont très largement centrés sur la résidence principale : plus de 90% des salles de bains complètes, plans de toilette, cabines de douche et robinetteries acquis ces trois dernières années visent l’amélioration du logement occupé au quotidien.


Près de la moitié des achats de meubles de salle de bains interviennent à la suite d’un déménagement, confirmant le lien étroit entre mobilité résidentielle et projets de rénovation. Les petits meubles, étagères et colonnes, souvent peu coûteux et modulaires, font l’objet d’achats multiples, permettant d’ajuster progressivement la pièce aux usages et au nombre d’occupants.


Une pièce à la croisée des tendances de société


Au‑delà des chiffres, l’étude insiste sur la dimension symbolique de la salle de bains : « maison dans la maison », elle concentre l’intimité la plus forte, tout en devenant une scène de représentation de soi, notamment via les réseaux sociaux. Les évolutions démographiques (vieillissement, familles recomposées, coliving) et les contraintes environnementales poussent à repenser la distribution des pièces d’eau, leur accessibilité et la maîtrise de la consommation d’eau.


Entre refuge individuel, espace beauté, mini‑spa domestique et enjeu écologique, la salle de bains française cristallise ainsi les contradictions et les aspirations d’un habitat en mutation.


Le point de vie de l’Institut de la Maison


L’Institut de la Maison met en avant une évolution profonde de l’aménagement de la salle de bains, passée d’un simple « placard carrelé » d’hygiène à une pièce centrale de l’expérience domestique. L’espace se décloisonne progressivement : la création de suites parentales, l’ouverture visuelle sur la chambre ou, à l’inverse, la multiplication de petites salles d’eau dans les logements (coliving, familles recomposées, vieillissement) traduisent une demande d’intimité répartie plutôt que concentrée dans une seule pièce.

Sur le plan du dessin, l’aménagement privilégie désormais la fluidité des circulations, la sécurisation des usages (douches de plain‑pied, accès facilité, rangements intégrés) et la montée en gamme des matériaux, tout en intégrant de plus en plus tôt les contraintes de sobriété en eau dans la conception même de la pièce (robinetteries économes, douches plutôt que baignoires, dispositifs de récupération des eaux grises).

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