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Logement et démographie : quand le logement devient une variable clé de la natalité.

La relation entre logement et démographie s’impose aujourd’hui comme un enjeu central pour comprendre l’évolution des comportements familiaux. Longtemps expliquée par des facteurs culturels, sociologiques ou générationnels, la baisse de la fécondité trouve un nouvel éclairage grâce à une étude de l’Université de Toronto : le coût du logement serait l’un des principaux déterminants du déclin des naissances, notamment aux États-Unis. Pour les professionnels du marketing, mais aussi pour l’ensemble des acteurs du résidentiel, ces conclusions ouvrent des perspectives d’analyse et d’action particulièrement stratégiques.


Graphique illustrant le lien entre coût du logement et évolution de la démographie.

 


Logement et démographie : les chiffres de la natalité qui changent la lecture du marché


L’étude révèle qu’aux États-Unis, la hausse des coûts du logement depuis 1990 serait responsable d’une baisse des naissances de 11 % et expliquerait à elle seule 51 % du recul du taux de fécondité total entre 2000 et 2010. Autrement dit, la cherté du logement ne se contente pas de peser sur le pouvoir d’achat : elle reconfigure durablement la structure démographique et illustre de manière frappante le lien entre logement et démographie. Les auteurs estiment même que 13 millions d’enfants supplémentaires seraient nés entre 1990 et 2020 si les loyers étaient restés stables. Pour le marketing, cela signifie que la dynamique de la demande future — qu’il s’agisse de produits pour enfants, de services éducatifs ou d’équipements pour la maison — est directement corrélée aux politiques du logement.

 

Démographie : l’importance stratégique de la taille et du type de logement


L’étude insiste sur un point souvent sous-estimé : la taille des logements compte autant que leur prix. Les familles envisagent plus facilement un deuxième ou un troisième enfant lorsque des logements de trois chambres ou plus restent accessibles. À l’inverse, la raréfaction des grands logements abordables décourage mécaniquement les projets familiaux. Pour les acteurs du marché (promoteurs, distributeurs d’ameublement, enseignes de bricolage, assureurs, banques…), cela ouvre un enjeu marketing majeur : concevoir et positionner des offres adaptées aux familles dans des surfaces contraintes, ou au contraire valoriser les rares produits offrant de la “capacité familiale” (chambres supplémentaires, modularité, extensibilité).

 

Au-delà du logement : un faisceau de contraintes économiques


Le logement n’est pas le seul frein identifié. Aux États-Unis, les ménages font également face au poids des prêts étudiants, au coût élevé de la garde d’enfants, à la faiblesse des congés familiaux et à la baisse marquée des grossesses adolescentes. Ce faisceau de contraintes dessine un contexte où l’arbitrage “un enfant de plus” devient économiquement risqué. Pour les études marketing, cela invite à intégrer davantage les trajectoires financières complètes des ménages (endettement, charges fixes, aides publiques) dans la segmentation et la compréhension des comportements.

 

Un enjeu qui dépasse les États-Unis : le cas français

 

Ce phénomène n’est pas propre aux États-Unis. En France, le nombre de naissances a reculé de plus de 20% en quinze ans, et l’indicateur conjoncturel de fécondité est tombé à 1,62 enfant par femme en 2024, son plus bas niveau depuis la fin de la Première Guerre mondiale. Là encore, la question du logement – rareté, prix, inadéquation entre l’offre disponible et les besoins des familles – se combine à d’autres facteurs économiques et sociaux. Pour les analystes, cela signifie que la démographie ne peut plus être abordée comme un simple “bruit de fond” macroéconomique : elle devient une variable stratégique à intégrer dans toute étude de marché, qu’il s’agisse d’immobilier, de services aux familles ou de biens d’équipement.

 

Le point de vue Institut de la Maison


Pour les acteurs du meuble et de l’aménagement de la maison, l’articulation entre coût/logement et fécondité change plusieurs grilles de lecture clés :
 
1. Anticiper une demande structurellement moins “familiale”

  • La hausse des coûts du logement et la baisse de la natalité réduisent mécaniquement le nombre de ménages avec jeunes enfants, donc la demande en chambres d’enfant, lits évolutifs, rangements pour familles nombreuses, etc.
  • Les segments “meubles bébé / enfant” sont déjà parmi les plus pénalisés par la baisse des naissances, comme on l’observe sur les marchés français et européens.
  • Les études marketing doivent intégrer des scénarios démographiques prudents pour calibrer les investissements produits, les capacités industrielles et les assortiments.
 
2. Recentrer l’offre sur la contrainte de surface
  • Si les ménages ont moins d’enfants mais vivent dans des logements plus petits et plus chers, la variable clé devient l’optimisation de l’espace plutôt que le nombre de pièces.
  • Cela renforce l’intérêt pour :
  • Les meubles modulaires (canapés convertibles, lits avec rangements, solutions gain de place) ;
  • Les systèmes de rangement “intelligents” (dressing, bibliothèques, cloisons-meubles) adaptés à des typologies T2/T3. En études marketing, il devient crucial de croiser CSP, composition du ménage et type de logement (surface, nombre de chambres) pour comprendre les arbitrages d’achat.
 
3. Segmenter autrement les “familles”
  • La baisse de la fécondité ne signifie pas disparition des besoins familiaux, mais leur reconfiguration : familles plus petites, recomposées, monoparentales, tardives.
  • Les acteurs du meuble doivent affiner leurs personas :
  - couples sans enfant mais très équipés ;
  - familles mono-enfant à fort budget par pièce ;
  - seniors aidant financièrement enfants/petits-enfants pour leur logement, impactant les achats de meubles. 
 
4. Intégrer le cycle résidentiel dans les analyses de marché
  • Un meuble sur trois est acheté lors d’un déménagement : or la crise du logement et la baisse des mises en chantier pèsent sur la mobilité résidentielle, donc sur le déclenchement d’achats de meubles.
  • Les études marketing doivent suivre de près :
  - les flux de déménagements ;
  - les mises en chantier et transactions immobilières ;
  - la politique du logement (aides, normes, fiscalité), qui devient un déterminant indirect mais majeur de la demande en ameublement.
 
5. Repenser l’innovation produit et la valeur perçue
Dans un contexte de pouvoir d’achat contraint, la promesse “durable + modulable + évolutif” prend le pas sur la seule dimension esthétique, en particulier pour les ménages jeunes ou urbains.

Pour le segment famille, l’enjeu n’est plus seulement de “meubler la chambre de bébé”, mais d’accompagner des parcours de vie plus fragmentés : colocation, petits logements, séparations, recompositions.

Les études marketing doivent donc :
  • tester des offres multi-usages et évolutives (meubles qui suivent plusieurs étapes de vie)
  • mesurer la disposition à payer pour la durabilité, la réparation, la reprise et la seconde main. 
 
En résumé, pour les acteurs du meuble, la baisse de la natalité et le coût du logement ne sont pas des variables périphériques, mais des inputs centraux des études marketing : elles doivent irriguer segmentation, prévisions de demande, design produit et politique de marque sur le long terme.
 

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